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 [Traditions] Landsgemeinde (Appenzell, Suisse)

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L'Ami du Minéral
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Localisation : Au pied d'un dragon endormi.
Date d'inscription : 12/12/2006

10122009
Message[Traditions] Landsgemeinde (Appenzell, Suisse)

Voilà un texte tiré de "la Suisse Insolite" Editions Mondo, Lausanne 1970
texte de Louis Gaulis
photos de Jean Mohr

Même par mauvais temps, on n'a jamais vu de Landsgemeinde manquée. Comme une bonne pièce de théâtre que l'on peut reprendre et reprendre, cette cérémonie ne lasse pas. Tant qu'elle subsistera, il y aura foule ce jour-là. L'une des raisons, c'est que l'abstention n'est pas de mise en Appenzell. Le devoir du citoyen est obligatoire de vingt à soixante ans. Au-delà il est facultatif. C'est une fête sans doute, mais si vous êtes tenté de faire la «fête buissonnière», vous paierez une amende. Voilà pourquoi nous pouvons nous y rendre sans risque : il y aura du monde, grave le matin, concentré de midi à trois heures, et récompensé le soir et même une bonne partie de la nuit. En sus des décisions politiques et du spectacle qu'offre la cérémonie, la Landsgemeinde apporte d'autres fruits, ceux que les malins peuvent marauder à l'occasion de grands rassemblements: les nouvelles, les cancans, les intrigues, les affaires, le flirt aussi, ou simplement de formidables excès de bière. Je dis flirt, mais le mot est bien démodé. La jeunesse appenzelloise se retrouve à l'auberge. Chacune a son orchestre. Dans ces bals où se retrouve toute la jeunesse d'un canton (les gens sont très éparpillés dans les collines d'Appenzell), doivent se nouer des liens lourds de conséquence.

Au début de mai, la vie appenzelloise est encore à l'intérieur. La neige n'est pas loin, le bétail sort à peine des étables. Où sont les Appenzellois ? Chez eux, dans ces fermes isolées qui flottent dans une mer blanche et verte. Curieux de se promener dans les campagnes à cette époque de l'année. Tout est habité, puisque rien n'est à l'abandon et l'on ne voit personne. Un chien noir et feu, la queue en l'air, qui s'im patiente de la lenteur des saisons, un chat, très loin, minuscule, chassant en solitaire à la tombée du jour. Tout à coup, en quelques heures, les voilà qui sortent, les Appenzellois ! De tous les coins, ils affluent au chef-lieu, famille au complet, en habits du dimanche. Des dames aux allures de duègnes espagnoles, de noir vêtues, et aussi des filles en costumes, des gars en militaires qui ont une permission pour aller voter, des solitaires, sabre au côté et pipe aux dents, qui viennent à pied et font les cafés pour saluer les connaissances.



Comme une salle de spectacle, le bourg se remplit de minute en minute. Les sommelières s'affolent à cause de cette habitude (si répandue dans les pays germaniques) de se mettre à table à n'importe quelle heure. On a faim comme on a soif; on dévore comme on prendrait une précaution. Le matin, il y a deux messes solennelles. Ceux qui vont à la seconde messe se bourrent de rösti pendant la première, dès neuf heures du matin, les autres engloutissent des wiener-schnitzel à onze heures. Ils ont raison, car la cérémonie commence à midi juste, et ceux qui ont le ventre vide attendront jusqu'à trois heures, parfois davantage, debout, par n'importe quel temps, avant de pouvoir boire et manger. Les hommes dont la carte de citoyen est l'épée, le sabre ou la baïonnette militaire qu'ils portent au côté, pénètrent au centre de la place dans une enceinte de corde. Au premier rang quelques bancs pour les vieillards. Ceux-là se ressemblent comme des frères. Ils ont tous de grands fronts doublés d'une ride horizontale, de grandes oreilles, même certains sont un peu sourds, et sous des airs graves de presbytériens écossais, cachent des lazzis et des quolibets qu'ils ne se gênent pas de lancer au Landammann pendant sa péroraison.

Derrière eux, se tient la grande majorité des électeurs, debout, fumant la pipe à couvercle, tournée le culot en l'air par surcroît de précaution contre la pluie, écoutant attentivement les orateurs.

Cette foule se manifeste de deux manières, une sorte de grondement, comme une avalanche lointaine, quand elle rit (le « witz» est une tradition dans les discours en Appenzell) et surtout un geste : lever la main pour approuver, lever la main pour désapprouver. Un dignitaire sur l'estrade du Landammann fait le compte des oui et de, non, la plupart du temps au jugé. On dit que les bergers qui ne savent pas compter, peuvent au jugé voir s'il manque une ou deux bêtes sur un troupeau d'une centaine de moutons. Si le nombre de oui ou de non est très près du match nul, on recommence. ce qui souvent décide quelques hommes à changer d'idée et fait pencher nettement la balance.



En regard des modes de scrutin appliqués dans le reste de la Suisse, on peut faire deux remarques sur la Landsgemeinde. Le fait que l'on puisse justement revoter dans certains cas, c'est-à-dire changer d'opinion. Ensuite que le scrutin n'est pas secret. En effet, chacun voit pour qui l'autre vote et sait que le voisin peut noter à son tour où va sa voix. On peut imaginer qu'un citoyen qui est presque seul de son opinion pourrait craindre de s'engager publiquement. On peut rétorquer justement que la main levée nécessite un certain courage. A l'heure où le mérite de s'engager est partout vanté, l'opinion publiquement exprimée devrait avoir toutes les faveurs de la jeunesse. Mais lève-t-on la main par conviction ou pour faire comme les autres? Il est possible que la prudence paysanne, le conservatisme fondamental de tous les petits cantons campagnards et parfois le manque d'imagination fassent souvent l'unanimité. En démocratie comme partout, faire à coup sûr partie de la majorité donne une solide impression de confort.

Mais la Landsgemeinde a été imaginée par ceux qui l'utilisent, elle leur convient comme elle est : s'ils avaient eu besoin du scrutin secret, ils l'auraient introduit. En fait, le système repose sur la tradition de la liberté d'opinion; il dure parce que le canton d'Appenzell n'a jamais subi de régime d'intimidation qui, seul et de quelque côté qu'il vienne, pourrait avoir la peau de la Landsgemeinde. En mai 1969, nous assistions à la proposition d'une loi. Il s'agissait de donner aux femmes du canton un droit de vote limité sur les décisions concernant l'église et l'école. Cela n'était certes pas la révolution, à peine une modeste proposition pour introduire dans le ring, de temps en temps, les épouses. Quelques spectateurs venus de Saint-Gall ou de Zurich, se permirent de manifester, encourageant par quelques cris les Appenzellois à voter oui. Le Landamann fit poliment observer qu'il n'était pas dans les traditions que le public influence les décisions des citoyens. Il fit donc remettre aux voix, dans un impressionnant silence. Mesdames les Appenzelloises n'y gagnèrent pas le droit de vote. Pas grave d'ailleurs, elles étaient contre. L'impressionnant, c'était le silence de la jeunesse zurichoise après ce rappel à l'ordre. Au second tour, on entendait siffler les pipes. Gare, Gare ! On plaisante dans les cordes, mais en dehors, respect ! pas d'intimidation!



A la fin de la cérémonie, un cortège rutilant et pourtant familier se reforme. On applaudit les élus, la fanfare, les gendarmes et quelques dignitaires invités. Cette année-là, c'était l'évêque de Palerme, parachuté de sa lointaine Sicile en Appenzell. Les notables sortent des rangs pour saluer des connaissances. Tout le monde a l'air de bien se connaître, c'est vraiment plus communal que vraiment cantonal, et puis, très vite, c'est la débandade. Place à la bière ! Une partie des dames disparaît afin de vaquer aux travaux de la ferme, mais beaucoup restent, boivent comme des hommes et jouent au jass, en s'apostrophant d'une table à l'autre.
La jeunesse se lance dans des intrigues. Les orchestres tapent sur les « Hackbrett», les grandes salles d'auberges résonnent de polkas martelées, et ce pays si muet nous raconte ce qu'il est : le pays des fanfares, des cloches, de la bière en commun. «Voulez-vous danser, Mademoiselle ?» - «Non» - «Vous dansez ?» Pas de réponse. Qu'est-ce que j'ai? mes cheveux ne sont pas trop longs, je ne suis pas trop mal habillé. Celle-ci peut-être? non plus. Attention, je crois qu'elles ne sont pas venues pour moi, ces demoiselles. Chacune et chacun a sa petite idée derrière la tête et poursuit un but précis, qui se réalisera peut-être pendant cet important dimanche de mai. Ne bousculons pas tout. Soyons, nous aussi, distant et respectueux, sinon nous ne saurons rien. Les grandes tapes sur le ventre, l'amitié entre les peuples, nous sommes tous Suisses, racontez-moi tout, vive Appenzell, ne mènent, je ne dis pas à rien, mais pas toujours à la confidence.

Ceux qui sont plus isolés que d'autres - et qui le savent - ont une réserve, une vergogne qui est un genre de bonne éducation. Rompre sa réserve sans connaître son vis-à-vis peut être très grossier. Les rapports entre étrangers doivent avoir une raison, en Appenzell comme partout ailleurs : «J'ai faim, j'ai perdu mon chemin, connaissez-vous une dame du nom de Tschudi ? A quelle heure ferme la poste? Est-ce trop tard pour dîner?» Ces raisons ne suffisent pas toujours. Quelquefois, il se trouve que cette dame Tschudi est justement morte depuis trois ans ou qu'effectivement il est hors de question de dîner à une heure pareille, mais enfin, vous n'aurez pas eu l'air d'un bandit ou d'un intrigant.

Heureusement, un vieillard solitaire, sans âge, me parle à petits mots, comme il taillerait un bâton avec son canif, une syllabe par-ci, une syllabe par-là. Il lève son verre, il rit, je lève le mien, je ris. Il pose sur son gilet de cérémonie, à la place du cœur, les cinq rhizomes de dahlias qui lui servent de main. Il porte une boucle d'oreille. C'est un vrai, un insulaire de l'archipel suisse.

Il se fait tard et, comme dit Jules Verne, dans les «Enfants du Capitaine Grant» : «Les indigènes nous paraissant cordiaux, nous décidâmes de passer la nuit sur l'île.»

Je dis bien, passer la nuit, car dormir, il n'en fut pas question. Le frappeur de « Hackbrett», une sorte de Lionel Hampton des montagnes, fut tout à son affaire.

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[Traditions] Landsgemeinde (Appenzell, Suisse) :: Commentaires

Re: [Traditions] Landsgemeinde (Appenzell, Suisse)
Message le 10.12.09 20:14 par marcassin
bonjour,

très interessant , celà est drôle le moment de cette fête vers le début mai !! cela me rappel certaines fêtes du mat de mai dans les villes et villages de france (avant 1942 ou c'est devenu la journée du travail ) ou de beltaine chez les druides !! cette fête étaient obligatoire chez les druides ! donc les celtes !

merci
Re: [Traditions] Landsgemeinde (Appenzell, Suisse)
Message le 10.12.09 20:27 par L'Ami du Minéral
mais la suisse est celte Wink

il y a pas fête celte autour du 1er aout ?

La Suisse a officiellement été fondée le 1er aout 1291, avec trois canton Schwitz, Uri et Unterwald. Sur une prairie inaccessible coincée entre lac et montagne.

A noter qu'il a été en mai à cette "fête" mais les votations ont lieu ainsi toute l'année.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Landsgemeinde
bonsoir,

oui je sais bien qu'elle est celte la suisse ,c'était un clin d'oeil !! Wink

si il y a une fête la "lughnasad" ou assemblée de lugh ,lugh est le dieu polytechnicien , connaisseurs de tout les arts ,mais aussi le début des moissons, c'était aussi une date pour les mariages , mais aussi pour la fondation d'une ville ou bien des actes de justice (sous un chêne )

donc pour le vote c'est normal à cette date car l'on votaient aussi pour l'arrêt des guerres ou leur reconductions !!

Very Happy
 

[Traditions] Landsgemeinde (Appenzell, Suisse)

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